Je te remercie pour
ton gentil mot d’hier mais je dois avouer que je n’y comprends pas grand-chose.
Peut-être n’en ai-je strictement rien à foutre ce qui pourrait expliquer mon
état dubitatif, ce matin. Que l’on vienne te demander des comptes à notre sujet, nous autres, les blogueurs estampillés de gouvernement,
ne me regarde pas.
Si tu as besoin de te justifier de fréquenter des gens, c’est
que tu es mal dans ta peau. A une époque, on m’avait reproché de fréquenter des
réactionnaires : j’ai envoyé chier tout le monde avec un seul argument. Je
fréquente qui je veux et je ne choisis pas mes amis, ils viennent à moi. Je suis un être humain,
pas une espèce de robot péremptoire de chez Twitter.
Pour ma part, j’ai déserté plus ou moins Twitter pour la
politique, utilisant ce machin comme un réseau social, tu sais, un truc pour
papoter avec des potes. J’y raconte un maximum de bêtises mais évite d’y aborder
les nuances de la gauche, elles me sortent par les trous de nez et, le cas
échéant, j’ai un blog politique et sa présente annexe pour en parler.
Je vais néanmoins tenter de répondre à ta missive point par
point.
Petit 1 : « On nous
demande de te définir, on voudrait même parfois que nous dressions une liste. »
Ben oui, tu t’adresses à nous et tu ne sais pas qui on est.
Petit 2 : « On pense
que notre ambition est de te démolir, te maraver, te cartonner, te faire mordre
la poussière (entoure la mention qui te convient). » C’est amusant,
je m’en fous totalement. C’est à toi de te justifier avec ce « on »
dont je crois devinez les contours.
Petit 3 : « On nous
reproche de parler avec toi (si si), d’être courtois (autant que faire se peut),
de ne pas refuser le dialogue avec le social-traître que tu es. »
Je ne crois pas parler avec beaucoup d’entre vous. J’ai tendance à unfollower
voire à bloquer ceux qui viennent me chercher pendant mes heures de loisir. Mon
côté soupe-au-lait.
J’interromps temporairement la rédaction parce qu’il me
semble que
Juan
a répondu aussi à ton courrier. A la lecture, je ne sais même pas de quoi
il parle. Moi, le matin, je prends l’actualité et j’en fais des billets de
blog. Ce matin, j’ai même été fainéant puisque j’ai repris des informations de
deux billets pour en faire deux à mon compte, un pour taper sur l’UMP, l’autre
pour évoquer le Grand Paris. Deux petits billets. J’essaie d’évoquer des sujets
qui m’intéressent et qui servent à quelque chose. Je conserve mon annexe pour
envoyer des plis à d’autres blogueurs. Depuis quelques jours, ce sont surtout
les blogs de droite qui prennent dans la tronche, ça me parait plus utile. Bon,
je reprends ma lecture.
« Tu vois comme c’est simple
? Mets-toi un peu à notre place. » Ben non, pourquoi irai-je me
mettre à votre place ? Je me fous de ce que tu peux faire ou prendre. Tu n’es
pas le centre du monde à part pour toi comme je suis le centre du monde pour
moi.
« Blogueur de Gouvernement,
qui es-tu ? » Ah ! Une question intéressante. Tu donnes une
définition qui ne me convient pas totalement parce tu donnes l’impression que l’on
est calculateur. J’avais un blog « familial » et, un jour, j’ai eu
envie de parler politique, c’était fin 2005. J’ai donc créé mon blog politique.
De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres blogueurs et mon blog a commencé à
monter dans les classements parce que j’étais bien le seul à n’avoir rien à
foutre de la politique. Ce qui m’intéresse, dans les blogs, ce sont les
relations avec les copains. Du coup, je me suis retrouvé « blogueur
emblématique ». La campagne pour la primaire de 2011 est arrivée et j’ai
choisi François Hollande. Les copains de son équipe web m’ont proposé de leur
filer un coup de main, j’ai accepté. Voilà l’histoire. Je me suis retrouvé dans
l’équipe web de campagne et, ayant soutenu un candidat, je n’allais pas le lâcher
comme une vieille chaussette…
« Tu t’es sans doute réjoui
de son élection (nous aussi tu sais, nous avons eu notre moment d’euphorie le 6
mai 2012). Et depuis, tu soutiens. Pas tout, pas tout le temps, pas indéfectiblement,
mais suffisamment souvent pour qu’on te le fasse remarquer. Tu auras beau jeu
de nous dire que tu as protesté contre l’ANI ou que les dernières saloperies de
Manuel Valls te révoltent, tu es un soutien. » Je n’ai pas parlé de
Manuel Valls (ou très peu), je n’ai pas protesté contre l’ANI : j’ai salué
la méthode mais j’étais déçu par le résultat. J’ai critiqué le CICE et l’augmentation
de la TVA. Mais je n’ai pas la prétention de croire que l’on pourrait mener une
politique qui me satisfait sur tous les points. Pour le reste, je
préfère le climat qui règne maintenant sur la vie politique française que celui
qui régnait il y a quatorze mois et des brouettes. Tu me trouveras probablement un peu léger mais je n'ai aucun moyen d'action pour obliger l'Etat à changer de politique.
« Nous ne savons pas trop si
tu vois ou non la ligne libérale suivie par ce gouvernement, mais tu t’en
accommodes. » Je m’en accommode parfaitement. Par exemple, le
gouvernement a permis le mariage pour tous, ce qui me semble libéral. Je suis
fatigué par ces internautes de la vraie gauche qui confondent le libéralisme et
le capitalisme financier.
« Tu penses (sincèrement ?) que
la politique menée est une politique de gauche. » C’est surtout toi
qui pense qu’elle n’est pas de gauche parce que tu voudrais que toute la gauche
soit comme toi. Comme je le disais dans mon billet d’hier, les blogueurs
réactionnaires pensent que la politique de Nicolas Sarkozy était socialiste
(car elle était particulièrement interventionniste). Je sais, c’est grotesque.
Mais vu de l’autre côté aussi…
« Blogueur de Gouvernement,
notre cible, notre punching-ball ? Tu ne serais pas un peu parano ? »
Là, je ne comprends plus. C’est toi qui parlait d’un « on », plus
haut. Moi, quand un type me prend pour cible, je l’insulte, je l’unfollowe et s’il
passe à la Comète, je lui offre une bière.
« Au cas où tu ne l’aurais
pas encore remarqué, les personnes nous importent peu. » C’est bien
ce que je te reproche. Doublement, d’ailleurs. D’une part, tu devrais t’intéresser
aux personnes, ça t’aiderait à avoir une vision politique de la France d’autant
qu’il me semble intéressant de penser qu’on fait de la politique pour les
autres. Mais moi, je suis réellement de gauche. D’autre part, tu vocifères dans
les réseaux sociaux. Si les personnes ne t’importent pas, je peux te suggérer
la médecine.
« Nous ne nous arrêterons
pas de tirer à feu nourri sur ce gouvernement tant que nous trouverons ça nécessaire. »
Fais, fais… Je n’ai pas vu dans Babordage un seul sujet de fond sur la
politique. Ce qu’on doit faire, les conséquences, …
« Mais si tu restes entre
nous et la cible, dans la ligne de mire, tu n’es pas à l’abri de te prendre une
balle dans la tronche. » Tu deviens hargneux, méchant et bête. Nous
ne sommes pas en guerre, nous sommes dans les réseaux sociaux. Cela étant, je
ne sais pas vraiment à qui tu t’adresses. C’est un peu comme si tu disais :
on hésitera pas à leur tirer dessus, à ces méchants blogueurs de gouvernement,
car on est aussi voire plus à gauche que toi nananère.
« Tu n’es pas notre
objectif, tu es un dommage collatéral. Les guerres propres n’existent pas, tu
le sais bien. » Reste calme. Nous ne sommes pas en guerre. Nous ne
sommes pas des dommages collatéraux. Les dommages collatéraux sont les
Français, tu sais, ce machin qu’on appelle le peuple. Tu peux commencer à
préparer le retour de Sarko au pouvoir en 2017, c’est ton problème.
« Blogueur de Gouvernement,
tu nous parles, nous te répondons (et vice versa). Et tant pis pour ceux que ça
dérange. » Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop long pour
justifier à « on » que tu nous parles ?
« D’abord, nous parlons avec
qui nous voulons. Ne nous fais pas dire ce que nous n’avons pas dit, nous ne
parlons pas avec tout le monde, mais nous apprécierions assez que l’on nous
laisse faire le tri nous-mêmes. » Ah ! Ben là, dans le
courrier que tu m’envoies, on dirait bien que tu ne t’adresses plus du tout à
moi… Mais à ce mystérieux « on ».
« Si nous avons une toute
petite ambition, elle n’est pas de faire basculer l’électeur du parti chrétien-démocrate
vers le parti ouvrier indépendant ; mais bien de convaincre l’électeur du parti
socialiste de la publicité mensongère que constitue le nom de ce parti ; et que
s’il veut voter à gauche, il devrait changer son fusil d’épaule (on file la métaphore
militaire tavu ?) » C’est amusant, tu n’as toujours rien compris à
l’influence des blogs. Tu as quoi, 10000 lecteurs par mois, 20 000 ?
Allez ! On va dire 45 000. C’est plus simple pour les calculs, il y a
45 millons de personnes inscrites sur les listes électorales. Il y a donc
999 électeurs sur 1000 qui ne lisent pas ton blog. D’ailleurs, ton blog est
fréquenté exclusivement soit par des gens qui sont déjà convaincus parce que tu
as à dire, soit par des lascars comme qui viennent voir, de temps en temps, ce
que vous avez pu inventer.
Si les blogs peuvent avoir une influence, c’est en jouant
collectif. C’est un truc de gauche, tu devrais connaître.
« Un jour, peut-être, tu
feras un pas vers nous. » Serais-tu en train d’expliquer à ce
fameux « on » que tu espères nous retourner ?
Serait-il si dangereux que ça ou est-il un simple clown,
comme tant d’autres, qui se prend au sérieux dans Twitter ?
Dans l’attente, si on pouvait arrêter de ridiculiser la
blogosphère avec ce genre de propos. Tiens ! Le pape a dit des trucs très
bien, à propos de l’immigration. Tu as un avis là-dessus ? Et les 50
morts, au Caire, hier, qui se sont fait tirer dessus par l’armée qui a fait un
coup d’Etat ? C’est compliqué à évoquer pour un blog de gauche ?
Et Abidal qui revient à Monaco, hein !, tu y penses à
Abidal qui revient à Monaco ?
Cordialement,
Nicolas