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vendredi 17 décembre 2010

Le langage au bureau

Le Point a fait un article sur « les perles du langage professionnel » (via @menilmuche) comme « il faut préparer un draft du process », toutes ces expressions débiles passées dans le langage courant et qui horripilent quand on les entend dans la bouche des autres.

Celle qui m’énerve le plus est « acter une décision », j’en avais d’ailleurs fait un billet, pour rigoler. Il avait fait polémique (le verbe « acter » existant bien dans la langue française il y a des années mais avait disparu, il est revenu quand le verbe « to act » a traversé la manche).

La « To do list » (liste des choses à faire) entre progressivement dans mon entourage.

« Y'a-t-il un risque client à mutualiser la ressource ? Non, pour lui c'est transparent ! » pourrait être dit chez nous…

Quand j’ai commencé à bosser, en 87, mes collègues parlaient beaucoup de « propale » (proposition commerciale) ou « de recette de logiciels » (vérification du bon fonctionnement). J’ai mis plusieurs mois avant de comprendre de quoi il s’agissait et plusieurs années avant de les faire rentrer dans mon propre langage, faute de temps. A propos de recette, il faudra un jour faire une liste de mot utiliser pour dire qu’on regarde si le programme informatique répond aux attentes. Recette, certification, homologation, agrément, Vérification d’Aptitude au Bon Fonctionnement, … Tous ces termes ont des significations différentes selon les entreprises, voir des couillons de juristes qui fleurissent dans les services « Méthode et Qualité ».

Avant, on faisait des plannings des projets informatiques, maintenant on « élabore des trajectoires ». Dans le temps, on faisait des réunions, maintenant on fait des Comités. Avant, on faisait des conversations à trois au téléphone, maintenant on fait des « audios », qui sont permises depuis que les visioconférences sont devenues des visios. Ainsi, on ne fait plus le point avec un gugusse sur un sujet, mais on fait une audio avec machin sur un sujet.

Mais, après tout, bloguer et tweetter (ou ou tweeter ou twiter) sont passés dans notre langage courant.

vendredi 10 décembre 2010

Le stress des cadres

Alors que l’on reparle du stress des cadres, le récent déménagement de mon bureau m’a montré l’évolution du temps de transport sur l’ambiance au bureau, le vague changement de comportement de certains. A la réflexion, c’est évident mais on a trop tendance à l’oublier.

C’est pourtant ce que fait cette dépêche à propos du stress. Elle oublie aussi les conditions de travail alors que la photo qui l’illustre (que je reprends ici) illustre aussi cette deuxième évidence. Comment voulez-vous qu’un type assis à moins d’un mètre cinquante de son voisin puisse être calme quand il doit chuchoter quand il répond à la nourrice, au téléphone, qui appelle pour dire que le petit a vomi ? Comment voulez-vous qu’il puisse respirer quand il ouvre sa messagerie privée et que n’importe qui, qui passe derrière, peut lire ses messages ?

J’ai la chance d’avoir un bon bureau mais je vais parfois visiter des fournisseurs ou des clients, entassés dans des pièces plus ou moins grandes, nous recevant dans le local du photocopieur parce qu’il n’y a pas assez de salles de réunion. Je ne vous parle pas des éclairages trop violents, des chauffages défectueux qui obligent à garder une écharpe ni, au contraire, des bureaux sans climatisation ou avec une clim impossible à régler.

La dépêche que j’ai mise en lien pointe la surcharge de travail et les gadgets électroniques qui obligent à réagir plus vite, amènent un surplus d’information et empêchent d’être coupé du travail en dehors des heures de bureau. Ce sont pourtant les seuls leviers sur lesquels ils peuvent jouer. Personne n’a jamais été licencié parce qu’il n’a pas regardé sa messagerie électronique à 19h30 ou parce qu’il a dit à son chef qu’il devait aller chercher le petit à la crèche parce que le conjoint va à sa leçon de piano. Personne ne s’est fait engueuler pour avoir quitté une réunion improductive hors sujet.

Par ailleurs, je vous conseille, amis cadres, de calculer le temps de travail réel de vous-mêmes et de vos voisins de bureau. Vous arrivez à 9h30 et repartez à 18h et vous mettez 45 minutes pour bouffer, vous enlevez un quart d’heure de pauses café. Il reste donc 7h30 de temps possible de travail, au lieu des 8 heures que vous êtes censés faire. Vous enlevez le quart de discussion avec vos voisins parce que l’équipe de France a vraiment mal joué, la veille, le quart d’heure perdu à rechercher sur Internet une location pour les vacances, le quart d’heure de perdu parce que vous ne maîtrisez pas Powerpoint. Nous en sommes à 6h45. Vous enlevez le quart d’heure perdu à lire le compte rendu de la réunion alors qu’il aurait suffit de jeter un coup d’œil au « relevé de décisions » à la fin et le quart d’heure perdu parce que vous avez vous-mêmes fait un compte rendu de quatre page alors qu’une aurait suffit, d’autant que personne ne va le lire. Nous en sommes à 6h15. Vous enlevez le temps passé en formules de politesse et « de convenance » au téléphone avec des braves gens alors qu’un mail d’une ligne aurait suffit : « Tu peux me confirmer l’heure de la réunion de mardi ? Merci ».

Je ne plaisante pas, vous pouvez vérifier. Un cadre qui se plaint d’avoir trop de travail est probablement productif moins de six heures par jour. Sans compter le temps passé dans des réunions oiseuses ou des démarches administratives qu’une secrétaire pourrait accomplir en dix minutes (ce dont j’ai parlé plusieurs fois dans mes blogs) ou à rechercher des conneries dans le superbe intranet mis en place pour lui faire gagner de l’efficacité.

Vous avez compté, pour vous ? Vous trouvez 7h30 ? Vous avez compté la fois où vous êtes sorti pour acheter une tringle à rideaux au Monsieur Bricolage à cinq minutes ? Vous avez compté l’appel de votre conjoint qui a oublié ses clés ? Vous avez oublié les cinq minutes à rechercher un mail et les dix à archiver et trier vos messages ? Vous avez oublié la recherche des horaires de train pour un déplacement professionnel ? Vous avez oublié la réunion où un participant est arrivé cinq minutes en retard ?

Je ne suis pas remonté contre les cadres. Leur salaire net mensuel moyen est supérieur à 3800 euros par mois. Ils peuvent être stressés. Un smicard sera juste stressé parce qu’il n’arrive pas à payer l’électricité.

Alors que c'est bien connu, il n'est pas stressé par le temps de transport, par les conditions de travail et par un encadrement étouffant. 
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