Interpelé par
un blog réactionnaire à poil dans les oreilles, en tant qu’imminent blog de
gauche, je vais tenter de répondre, au risque de me faire haïr par mes
congénères pour mes fréquentations qui fleurent bon les heures les plus sombres
de l’histoire et tout ça. Sans compter que la dernière fois que j’ai vu l’Amiral
Woland et
Didier Goux, ils
avaient probablement l’haleine un peu chargée mais je n’étais moi-même plus
vraiment en l’état de juger de la chose vu que nous sortions de table.
Il faut dire que l’Amiral et Didier sont à peu près les
seuls réactionnaires sympathiques. Ils s’auto-haïraient probablement s’ils
étaient de gauche. Et en plus ils écrivent correctement même si c’est souvent
pour cracher pour tous ceux qui sont nés plus ou moins loin au sud de la Loire.
Afin d’éviter mon sympathique lectorat d’augmenter le
compteur de visites d’un blog nauséabond, je vais résumer les propos de l’Amiral :
il ne comprend pas, à la lecture de ma blogroll, la haine que l’on peut
ressentir vis-à-vis de Nicolas Sarkozy alors qu’il pense qu’il mènerait une
politique proche de celle de François Hollande, qu’il a même gouverné avec des
socialistes et tout ça.
Je vais donc tenter de lui expliquer avec mes doigts
boudinés sur mon clavier en plastique.
Je vais d’abord faire une page de publicité pour le blog de
mon ami Yann, qui aurait d’ailleurs bien sa place entre l’Amiral, Didier et moi
autour d’une table ou au pied d’un comptoir.
Dans
son billet du midi, il diffuse le programme de la télévision (notre
illustration) pour ce soir. Nous avons le choix :
-
sur France 2, l’émission « Des
paroles et des actes » avec Nicolas Sarkozy,
-
sur France 3, le film « le grand
ménage »,
-
sur M6, le film « la vérité si je
mens ».
Ce programme de télévision illustre parfaitement l’état d’esprit
qui règne dans nos esprits embrumés. Nous sommes très proches des
réactionnaires qui se lamentent de l’état du pays aujourd’hui. J’ai repris son
billet dans Twitter et je l’ai montré aux collègues de bureau puisque j’ai
déjeuné avec des « de gauche » ce midi. On a bien rigolé.
De ma part, il n’y a pas de haine spécifique. Pas d’amour
non plus. Comprenez bien. Je n’aime pas les flageolets et n’aurais absolument
pas l’idée d’en faire à manger chez moi sauf si un concours de pets est
organisé par la suite. Par contre, si je suis invité à manger chez des braves
et que le gigot est accompagné de flageolets, je féliciterais la maitresse de
maison pour son bon goût et mangerais les flageolets avec beaucoup de plaisir
en pensant que la maitresse en question prendrait du plaisir à mon plaisir. C’est
du savoir vivre. Ce qui ne m’empêchera pas de faire boire le maître des lieux
pour faire en sorte de pouvoir culbuter la baronne en fin de repas.
L’Amiral estime très proches les politiques de l’UMP et du
Parti Socialiste. C’est un blogueur extrémiste. C’est un peu comme s’il était
un martien resté sur sa planète d’origine observant la ménagère en question
avec des jumelles et se demandant pourquoi je veux la culbuter plutôt que son
digne époux. La différence entre un homme et une femme est relativement mince
mais parfaitement visible pour un observateur avisé. Par exemple, on remarque
sur la femme une paire de nichons d’une taille variable selon le modèle mais
néanmoins indispensable pour la caractériser et pour aimer, ou pas, la
culbuter.
Etes-vous pour ou contre la lapidation des fillettes de 13
ans qui se sont fait violer ? Non bien sûr répondent en chœur les
supporteurs du PS et de l’UMP. Nous sommes politiquement très proches. Je pense
néanmoins qu’il y a des extrémistes d’autres civilisations qui répondraient :
« ben oui quoi c’est normal elle a fauté ».
Ainsi, quand la droite fait la réforme des retraites pour
augmenter l’âge de départ à la retraite, les gens de droite trouvent ça tout à
fait normal, bordel la population vieillit et tout ça, il faut être
raisonnable, hein ! Nous autres, à gauche, on se dit calmement (parce que
nous on réfléchit, nananère) d’une part que c’est une régression sociale
inadmissible (ce que je veux bien considérer comme un question de principe) et
d’autre part un tas de trucs plus factuels. Par exemple, que c’est idiot de
faire travailler plus longtemps les gens quand on a plus de 3 millions de chômeurs.
Autant faire bosser les jeunes que les vieux et après on répartira le pognon
généré par la création de richesse et tout ça. On se dit que des gens s’en
foutent plein les fouilles avec la spéculation et le travail des autres et qu’il
serait temps de modifier un peu le curseur pour que le fruit du travail ne
fasse pas qu’engraisser quelques patrons, certes probablement méritant,
quelques actionnaires, que nous pouvons certainement remercier de placer leur
pognon dans le bon fonctionnement de l’économie, mais que le fruit de ce
travail puisse servir à ceux qui perdent de la sueur et des kilos dans ce
travail, par exemple en augmentant légèrement le montant versé pour leurs
retraites…
C’est nôtre côté réactionnaire, aussi à gauche : on n’aime
pas les réformes et la destruction d’un tissus social mis en place après guerre…
Ainsi, quand la droite prend des mesures d’austérité pour
que l’état dépense moins de pognon ce qui, je le conçois, pourra faire très
plaisir aux libéraux que sont souvent les réactionnaires (sauf Didier Goux, il
ne comprend rien en économie), nous pouvons penser que cela réduira la
consommation des braves gens et donc le revenu des entreprises et la création
de richesses et tout ça.
Ainsi, quand la droite prend la décision d’augmenter la TVA
payée sur la bouffe par les consommateurs citoyens, nous pensons qu’il serait
plus juste, d’abord, de faire en sorte que tous les revenus, quels que soient
leurs origines, soient taxés à l’identique.
Ainsi, quand la droite décide d’exonérer de cotisations
sociales et de fiscalité, ça permet aux patrons de faire bosser plus ses
salariés et de ne pas embaucher on appelle ça un effet d’aubaine. Je comprends
néanmoins qu’un libéral puisse être opposé à cette mesure puisqu’il va croire à
la valeur travail, à la production de richesse et tout ça et est opposé, par
nature, à toutes les taxes et autres machins qui vont engraisser les poches de
l’état.
En outre, à gauche, on va au bistro. On regarde. On sait les
principaux bénéficiaires de cette mesure sont les patrons, dont les patrons de
bistros, qui peuvent déclarer les heures supplémentaires qu’ils payaient
auparavant en liquide. On sait que cette mesure tombe à pic parce qu’ils
étaient acculés : les clients payant maintenant majoritairement en tickets
restaurants et par carte bancaire, les bistros ne dégagent plus assez de
liquide pour payer leurs salariés au noir.
Pour les mesures sociétales, on est extrêmement dubitatifs
aussi. Tiens ! Ils vont obligés les conducteurs de voiture à avoir un
alcootest dans leurs caisses. Qui peut croire que cette mesure aura un impact
sur le nombre d’accidents de la route liés à l’alcool ?
Nous sommes fatigués de cette politique menée depuis cinq
ans au cours desquels on ne retrouve finalement pas grand-chose de positif
parce que tout est raté. Je parlais hier soir vaguement de l’autonomie des
universités dont se vante la droite : ça serait sa principale réussite. D’ailleurs,
même à gauche, certains admirent. Moi, je m’en fous, ça fait longtemps que j’ai
quitté les bancs de la fac (d'autant que je ne suis jamais allé) et que je ne connais plus rien à l’université… Paf !
Le bilan ? Progressivement les universités n’ont plus assez de pognon
parce que l’état a baissé ses contributions et se retrouvent sous tutelle.
Terminé ! Plus d’autonomie…
Tout rate. On n’en veut plus.
On pourrait aussi parler des cinq ans précédents, du
deuxième mandat de Chirac. Tiens ! Oui, parlons-en ? Que retient-on
de ces cinq ans de Chirac ? Rien. Une vague décentralisation et des
manifestations contre je ne sais plus quel contrat de travail idiot qu’ils
voulaient nous refiler et qu’ils ont été obligés de retirer dans la
précipitation. Cette décentralisation ? Ratée. Ils ont filé aux
départements la mission de payer le RMI (puis le RSA) sans leur en donner les
moyens.
Je conçois qu’un réactionnaire libéral puisse être opposé au
RMI. Pas moi. Mais j’en ai marre de cette politique ratée, de ces ratages
éternels uniquement pour pouvoir pointer la mauvaise gestion des départements…
Et les précédentes périodes avec la droite au pouvoir ?
93 à 97 ? Une hausse de la TVA et la chute de la droite dans un fiasco. 86
à 88 ? La mort d’un étudiant.
Que se rappelle-t-on des périodes de droite depuis 40 ans ?
Voire plus…
L’autorisation de l’IVG…
Point barre. Une mesure de gauche qui devrait bien déplaire
aux réactionnaires catholiques…
Que se rappelle-t-on des périodes de gauche depuis 40 ans ?
L’abolition de la peine de mort, la retrait à 60 ans, les radios libres, la
semaine de 39 heures puis de 35, le RMI, la CMU…
Je me doute qu’on puisse être contre tout ça ou contre une
partie. Je me doute qu’on puisse trouver des périodes noires à la gauche. Tiens !
Il y a Fabius à la télé. Ne le perturbons pas ses préparatifs divers. On
trouvera des périodes noires à tout le monde. Tiens ! Le Chirac qui avait recommencé
les essais nucléaires au plus mauvais moment. Ca ne l’a pas empêché d’être
brillant en refusant la guerre en Irak.
On pourra toujours ergoter des résultats économiques des uns
et des autres au gré de la conjoncture mondiale. Je pourrais ici ressortir tout
l’argumentaire chiffré habituel sur la dette qui augmente plus vite sous la
droite que sous la gauche, ce n’est pas l’objet. C’est la gauche qui a eu l’habilité
de se glisser au pouvoir la dernière fois où tout allait bien. Nananère.
Que retient-on de la droite depuis 40 ans ? Rien à part
une mesure de gauche. Que retient-on de la gauche ? Le progrès. J’imagine
bien que pour un réactionnaire, ce mot puisse générer au minimum quelques
interrogations.
Pas pour le citoyens que je suis.
Enfin, que retient-on de la droite depuis 5 ans ?
La réponse vaut largement qu’on soutienne massivement les
partis de gauche pour la prochaine élection présidentielle.